Encre des jours

mardi 3 mai 2011

Ellipse

Il a pris du retard sur elle. Elle parle volontiers. Il commence à bien la connaître. Lui par contre reste quelque peu mystérieux. Il ne cache rien. Simplement, raconter, parler de lui-même n'est pas une évidence. Dire qui il est, comme ça spontanément ? Difficile. Il préfère écouter, observer et répondre. Il est rarement le centre de la discussion. C'est souvent l'autre.

Comment rattraper tout ce qu'il n'a pas encore dit durant ces sept mois ?

Avec des mots, en les couchant sur le papier, dans un carnet. Il doit éviter de trop réfléchir. Il doit écrire comme il parle. Ce qui lui passe par la tête. Sans filtrer. Il y raconte des souvenirs, il partage ses passions. Il explique ce qui le fait vibrer, ce qui fait tourner son monde. Il gratte le papier. Rapidement, régulièrement. Il ne relit presque pas. Il sème quelques ratures. Rien de grave. C'est le prix de l'instantanéité. A la fin, il parcours les pages noircies et se demande si ce n'est pas trop. S'il n'a pas été trop vaniteux. Ou maladroit. Trop tard. Pour lui, c'est gravé dans le marbre. Il lui donnera le carnet ce soir.

Elle passe sa main sur la couverture et l'ouvre fébrilement. Elle lit les premières phrases et comprend. Oh, ça me touche ! Et elle reprend. Son visage ne dit rien, simplement la concentration. Elle lit et lit. Sans s'arrêter. Il croit qu'elle va s'interrompre entre deux pages. Il attend une remarque, un petit sourire. Rien. Et ces yeux qui glissent d'un mot à un autre. Déjà la moitié. Cela doit probablement lui plaire. Sinon elle ne s'imposerait pas un rythme pareil. Il est paralysé. Il n'ose pas quitter la pièce. Il veut guetter ses réactions. Même les plus infimes. Et tout à coup, c'est fini. Elle referme délicatement le carnet. Merci... Ca me ferait presque pleureur. Une première larme perle. Puis une deuxième. Et elle éclate en sanglots. Durant quelques secondes, les mots ne servent plus. Il met le carnet de côté et la prend dans ses bras.

Depuis longtemps, elle attendait qu'il se livre à elle. Ils ne sont pas encore à égalité, mais ils se sont rapprochés. Encore plus.

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dimanche 24 avril 2011

Tu sais comment je m'appelle ? P.S.

Je ne ris plus.

Il s'appelais Charles Haddon et il était le chanteur du groupe londonien "OU Est Le Swimming Pool ?" Il s'est suicidé le 20 août 2010 après un concert. Il avait 22 ans.

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Tu sais comment je m'appelle ? (2)

Avant de se faire un nom dans la musique, il faut d'abord se trouver un nom. Je vous convie à une ballade forcément subjective et naturellement pauvrement documentée dans le monde merveilleux, étrange et parfois illogique des patronymes de formations musicales. (Deuxième partie)

Avant de poursuivre mes errements pseudo-musico-rigolo, j'aimerais pousser un coup de gueule. D'accord, c'est vraiment la frime d'être disc-joker et c'est tellement tentant de s'appeler DJ quelque chose, machin ou autre chose qui le fait parce que c'est en anglais. C'est tout simplement ridicule et limite pléonastique. Oui, derrière vos platines et vos disque, on voit bien que vous êtes DJ, pas besoin de nous rappeler votre instrument de travail. Erik Truffaz ne s'est pas dit : "Et si je m'appelais Trompettiste Truffaz ?"

Bref, poursuivons.

Si vous êtes un groupe anglo-saxon, pourquoi ne pas choisir un nom à consonance française ? Peu importe que votre vocabulaire français soit d'une indigence insondable, votre public n'y verra que du feu. Il trouvera même que cela fait très chic. Et l'orthographe ? Vous êtes une star, vous êtes au-dessus de ce genre de considération. Si vous aimez, le froid, les soirées au coin du feu dans une cabane perdu au fond d'une forêt enneigée, optez par exemple pour Bon Iver. Vous pensez que personne n'a encore remarqué votre superbe et improbable crinière rousse faussement destructurée ? N'hésitez plus et surlignez le propos en vous transformant en La Roux.

Cependant, sachez faire preuve d'un minimum de retenue. Prenons les nouveaux venus de Où est le swimming pool ? Pourquoi mélanger deux langues ? Pourquoi cette question métaphysique ? Est-ce ridicule ou tout simplement génial ? Le public tranchera, mais cela risque d'être un peu fastidieux pour se présenter au début du concert. Petite pensée pour les ténébreux I Love You But I've Chosen Darkness. Au moins, ils ne mentent pas sur la marchandise et on est sûr de ne pas tomber sans le vouloir sur un groupe de ska. Dans la catégorie "on a essayé de faire court, mais on trouve qu'une phrase comme nom ça le fait", je décerne la palme à And you will know us by the trail of dead qui en traduction libre donnerait "Et vous nous reconnaîtrez par la traînée de morts. Là encore on annonce la couleur (rouge en l'occurrence) et c'est tellement long que ça laisse le temps de se mettre en condition pour ce qui semble être un grand moment de lyrisme.

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Ecrire sans plume

Etre heureux demande et prend du temps. Depuis quelques mois, sa plume n'a que peu servi. Pourtant, il n'a jamais cessé d'écrire dans un coin de sa tête. Le flot de ses pensées ne tarit jamais. A présent, il éprouve le besoin de les coucher à nouveau sur le papier, puis sur l'écran.

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vendredi 17 décembre 2010

Eclaircie

Interminables journées. Il n'aime pas ce mauvais pressentiment, cette idée noire qui rôde dans sa tête et sème le doute. Il ne parvient pas à s'en détacher. Elle lui a expliqué ces questions de routine qui n'étaient pas si innocentes.

"Sentez-vous quelque chose au sein gauche ?"

Simple question. Lourde de sens. Suffisamment pour qu'elle ait un soupçon. Bien assez pour qu'il panique. Il a voulu la voir tout de suite. Pour l'avoir en face, pour lui demander exactement ce qu'on lui a dit. Ce n'est probablement rien de préoccupant. Probablement. Elle paraît calme en disant cela. Cela lui suffit pour l'instant. Cette nuit, il trouvera le sommeil. Il est moins inquiet, mais surtout très fatigué.

Aujourd'hui, ils auront les résultats des examens. Il a peur de savoir, il tente de masquer à quel point il est tendu. Probablement rien. Probablement rien... Merde, il veut des certitudes ! Il doit s'occuper, divertir son esprit, penser à autre chose. Il sort pour marcher et changer d'air.

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tout va bien

Rien de plus. Pas de point. Pas de cri de soulagement. Cela ne lui suffit pas. Tout cela est suspect. Il l'appelle. Pas de réponse. Ne pas se faire de film. Elle le rappelle. Oui, tout va bien. Oui, je suis sûre. Il y a une petite masse au niveau du sein gauche. Rien de malin. Pas de quoi s'inquiéter. Elle semble sincère et soulagée. Cela lui suffit. Pour le moment. A présent, il veut simplement la voir et la serrer dans ses bras. Et ne plus y penser. Au moins pour trois mois.

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mardi 14 décembre 2010

Une ombre

Il voudrait que leur histoire soit sans nuage. Il voudrait leur bonheur éclatant, entier. Pourtant, pour eux ce n'est pas tout à fait possible. Pas encore.

Au début de leur correspondance, elle lui a tout raconté : le cancer, l'opération, le traitement et les risques. Elle a perdu une partie d'elle, mais elle est toujours là. Elle lui a parlé des tests. Chaque trois mois, elle a tremblé à l'idée que quelque chose soit revenu. Durant deux ans, il y a des risques. Après cinq ans beaucoup moins. Après dix ans, elle sera considérée comme guérie. Il a réfléchi puis s'est dit qu'il ne pouvait pas déjà arrêter. Juste parce qu'il y a des risques. Pas maintenant. Pas avant de l'avoir rencontrée. A présent, cela fait depuis longtemps qu'il sent qu'il ne veut plus reculer et qu'il veut aller de l'avant avec elle.

Aujourd'hui, elle tremble un peu plus que d'habitude. Plus que la dernière fois. Elle aurait plus à perdre. Il y a surtout lui. La personne la plus proche. Il est aussi anxieux. Chaque trois mois, il a l'impression qu'elle subit un procès. Elle ne sait pas de quoi elle est accusée, elle ignore s'il y aura une sentence. Surtout, elle n'a aucun moyen de deviner comment est effectué le jugement. Le cancer n'a rien de rationnel. Il se fout de savoir ce qui semble juste ou pas, quelle vie mérite de durer encore et celle qui doit s'arrêter. Le cancer n'éprouve pas de compassion. Le cancer est un salaud.

Elle a passé les tests ce matin. Les résultats ne tomberont pas avant deux jours. Si elle s'inquiète, lui l'est d'autant plus. Il se sent impuissant, incapable d'attendre. Dans le meilleur des cas, leur vie continuera comme maintenant. Dans le pire... eh bien il n'ose pas l'imaginer. Quoi qu'il arrive il restera. Il sera là pour elle.

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lundi 6 décembre 2010

Rubber

Avertissement : Cette rubrique parle d'un film qui met en vedette un pneu. Si vous n'êtes pas très pneu, passez votre chemin.

Genre :
Road movie déroutant, mais de bonne tenue

En quelques mots :
Un groupe de spectateurs suit à distance les pérégrinations d'un pneu tueur psycho/télé-pathe.

Pour quel public ?
Les apprentis en télékinésie fatale, les amateurs de violence absurde et gratuite, les curieux et/ou ceux qui font des vidéos avec leur réflex numérique.

Moi, ce que j'en dis :
Avec une pareille histoire, je me sentais obligé d'aller jeter un oeil à ce film insolite. J'en suis ressorti un peu déçu. Je m'attendais à ce que Quentin Dupieux aille encore plus loin dans l'absurde. Je pensais que j'allais aussi beaucoup rire. Eh bien non. Même s'il y a plusieurs scènes savoureuses.

Avec la frilosité des distributeurs de cinéma, je trouve réjouissant d'avoir l'occasion de découvrir cette production sur les écrans suisses. Cela contribue à la diversité de l'offre et prouve au passage qu'on peut faire un film de qualité avec peu de moyens.

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lundi 22 novembre 2010

Deux mois

Retour à la page blanche. Il a remis de l'encre dans sa plume. Il revient pour dire qu'il n'a pas oublié, qu'il n'a pas déserté la blogosphère. Il s'est demandé si le bonheur s'écrit, s'il se lit bien. Devrait-il arrêter d'écrire lorsque tout va bien ? Non. Surtout pas. Il peut écrire à différents moments de sa vie. Il suit ses humeurs. Ses mots les accompagnent, s'y adaptent.
Le bonheur est un grand, gros mot. Rien qu'en l'évoquant, il craint de le chasser. Instable équilibre. Il est bien avec lui-même. Il est devient indulgent. Il apprend à lâcher prise, à ignorer la pression. Celle qui impose les normes, ce qu'il devrait faire, ressentir, choisir pour faire comme tout le monde. Pour ne pas déranger. Il va mieux car il parvient à doser son égoïsme. Un égoïsme sain. Son bonheur n'est pas forcément celui des autres. Tout de même, il peine à s'habituer au bonheur. "C'est quoi l'arnaque ?" Il doit y avoir un prix à payer. Ou peut-être l'a-t-il déjà payé ? Inutile de se tourmenter. Deux mois : voilà où il en est.

Où ils en sont. Ensemble. Un couple. Incroyable. Le calendrier lui dit deux mois. Il perd la notion du temps. Il doit réfléchir pour savoir le mois courant. Novembre. Déjà. Où est passé l'été ? L'amour prend de la place. Il a rempli un vide. Celui qui l'a poussé à faire tant de choses plus ou moins irrationnelles, juste pour oublier la frustration. Ce vide qui semblait crier à la face du monde que quelque chose ne va pas, qu'il y a sûrement un problème. On n'est pas seul par hasard. Il y a toujours une raison. Probablement inavouable. Ah oui, le malheur des autres réconforte ou au moins divertit.

A présent, le spectacle est fini. Où vient-il juste de commencer ? Il veut se venger. Contre personne. Doucement. En exhibant son amour, par un baiser passionné ou une franche étreinte en public. Il marque son territoire. Pas de confusion. Pas de doute. Ils sont ensemble. Heureux. Il est aussi fier de pouvoir glisser au détour d'une conversation qu'il a une copine. Une saine fierté. Roborative. Celle qui fait du bien car on l'a méritée.

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mardi 19 octobre 2010

Rencontre

Tout est allé tellement vite. Il en vient même à se demander si c'est réel.

Il attend à l'endroit convenu, à côté du métro. Il est en avance. Comme toujours. Surtout pour une telle occasion. Leur première rencontre officielle. Il est temps de se montrer. Elle tarde à arriver. Il doute. Elle a peut-être renoncé au dernier moment. Peur de se confronter à la réalité. Bip. J'ai juste loupé le train. J'arrive. Elle se fait désirer. Rien de grave. Il jette un oeil d'un côté puis de l'autre. Il veut la voir arriver.

Et tout à coup elle est là. Il a à peine le temps de l'observer, de décider s'il la trouve belle. Ils se font déjà face, il ne peut plus reculer. Il n'en a pas l'intention. Il est trop curieux. Naturellement, il lui dépose trois bises sur les joues. Ils dirigent vers le café, en échangeant leurs premiers mots, en tâtant le terrain. Ils s'installent à une table dans le fond. Peu à cacher, beaucoup à découvrir. Ils se jettent des questions au hasard. Ils s'observent entre deux répliques. Ils passent un casting, ils espèrent que tout jouera entre eux. Impossible à dire, l'endroit paraît assourdissant.

On sort ? On fait quelques pas ?

Oui. Deux presque inconnus marchent ensemble. Leurs pas les mènent dans un parc. Celui-ci surplombe la ville. Ils observent la nuit tomber et les envelopper. Il voudrait faire un geste, se rapprocher d'elle.

T'as pas trop froid ?

Il passe brièvement la main sur son épaule. Elle ne recule pas. Elle esquisse un sourire. Jusque là tout va bien.

On s'assied ? Il y a un banc plus loin.

Ils continuent de parler par petits filets de questions. Ils restent côte à côté sur le banc glacé. Il passe son bras autour d'elle. Sans réfléchir. Celui semble être l'enchaînement naturel. Ensuite, il ne sait plus. Il pourrait l'embrasser. Elle lui fait comprendre qu'elle ne serait pas contre. Il hésite. Trop facile. Il aurait voulu la surprendre. Tant pis. Il continue à parler. Automatiquement. Il sait qu'elle n'attend que ça. Tellement évident. Est-ce trop tôt ? Ils se connaissent à peine... Et il l'embrasse. Un premier baiser à la fois rapide et hésitant. Le courant passe. Une décharge. Puis un deuxième, plus volontaire, plus franc. Il ne perçoit aucune résistance, au contraire une attraction. Leurs baisers s'enchaînent maladroitement. Ils ont faim. Il a de l'urgence et du soulagement dans leurs gestes. Il redécouvre une sensation qu'il avait presque oubliée. Il tremble, il grelote, mais là, à ce moment, il se sent tellement bien. Avec elle. Enfin. Quelque chose s'est passé. Ce n'était pas prévu. Il ne pensait pas que cela irait si bien, si loin. Ils sont seuls au monde. Rien d'autre ne compte. Juste eux. Ils quittent le parc en couple. Il ne sait plus où il est, mais il s'y sent bien. Il la tient par la main. Il la serre un peu plus fort pour s'assurer que tout est réel. Oui, ils sont bien là, ensemble.

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vendredi 24 septembre 2010

Vies

Il y a eu ce silence de plusieurs semaines. Cela n'annonçait rien de bon. De l'extérieur, tout ne semblait pas aller si mal. Il avait une vie professionnelle et sociale compliquée, mais avec une bonne organisation et un agenda de taille respectable, tout se mettait en place. Il se sentait plutôt bien.

Lorsque la vie va mieux, il devient exigeant. Il veut aussi remplir la case vide de sa vie amoureuse. Il ne peut pas dire que celle-ci soit compliquée. C'est lui qui est compliqué. Il est aussi mauvais pour ranger la paperasse que pour faire de l'ordre dans ses idées, dans ce qu'il veut.

Et le message est arrivé.

Il a horreur de l'avouer. Il y a quelques mois, il s'est inscrit à un site de rencontres. Il a toujours considéré cette option comme un dernier recours pour les désespérés, une bouée de pacotille pour les grands noyés des sentiments. Il s'était tourné vers un site gratuit. Payer pour l'amour, cela sonnait faux. Il avait rédigé un profil sur ce site pour les fauchés de l'amour hypothétique. Il avait attendu un moment puis il avait petit à petit laissé ses lignes en friche, espérant à moitié que quelque chose arrive.

C'était un message comme beaucoup d'autres : court, trop court pour se faire une idée précise de la personne. Sans réfléchir, il a écrit. Cela pourrait marcher. Peut-être pas. Elle a répondu. Intéressant. Il a continué. Comme une partie de tennis de table, un échange de courriels. Régulier. Progressivement leur correspondance se teinte d'intérêt jusqu'à prendre la couleur de la passion et de la dépendance. Il devait lui répondre. Dès que possible, tout de suite. Elle faisait de même comme s'il y avait urgence. Il veut tout savoir sur elle. Même l'inintéressant est important. Un puzzle prend forme avec cette question lancinante : comment est-elle en vrai ? Passera-t-elle/passera-t-il le test de la première rencontre ?

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