vendredi 10 octobre 2008
Fan
Il n'est pas très fan de lui-même. En ce moment. Manque d'énergie, de motivation, d'envie. Il reste dans sa bulle, à l'abri du monde et des responsabilités. Cela ne peut pas durer. Cela ne doit pas durer. Le monde l'attend. Il doit recommencer à exister. Les progrès sont lents. Il peine à trouver sa voie. Un problème à la fois. Il s'égare dans les annonces. Et toujours cette question lancinante : pourquoi est-il fait ? Il le saura lorsqu'il aura trouvé. Il a honte de ne pas savoir.
Et elle doit encore lui rendre ses cd's. Elle, c'est la musicienne. Il l'avait presque oubliée. Presque. En fait, il avait choisi de la mettre de côté, dans un petit coin de sa tête. Il est temps de couper le dernier lien entre elle et lui. Etre bref et efficace. Il lui envoie un courriel pour organiser ce qui doit être une formalité. Pas besoin de se voir longtemps, de boire un verre. Il doit juste reprendre sa musique.
Elle lui répond. Ils peuvent se voir vendredi. S'il est disponible. Non. Alors, elle déposera les disques dans sa boîte à lettres. C'est plus simple.
Ce sera moins bizarre pour lui.
Est-ce ainsi que leur histoire se termine ?
Oui.
mercredi 1 octobre 2008
Train de nuit
Il est tard. Il est presque seul dans le train qui s'engouffre dans la nuit. Il s'est assis au milieu du wagon et se blottit dans sa bulle musicale. Il a choisi sans choisir un album chill out. Quelle horreur. Il avait oublié qu'il avait cette musique. Cela date de quelques années à peine et cela sonne déjà comme de l'histoire ancienne. Trop doux, sirupeux presque jusqu'à l'écoeurement. La plage, le mer, le soleil le sable chaud et l'amour. Pourtant, il ne parvient pas à changer de musique. Une pointe de nostalgie. Il y avait un temps où cela constituait la bande-son parfaite pour sa vie A présent, cela paraît tellement inapproprié. Non, c'en est trop. Stop.
jeudi 25 septembre 2008
Chercher sans trouver
Il passe, en coup de vent, pour jeter quelques lignes et dépoussiérer sa plume. Il cherche du travail. Il se cherche aussi. Il aimerait combler le vide. Il n'arrive pas à se projeter dans l'avenir. Pas de plan. Pourquoi est-il fait ? A quoi est-il bon ? On est ce que l'on fait. Il a besoin d'un cadre. Ironique et naturel pour un photographe. Après l'école, les études il se retrouve libre et perdu dans tant d'espace et de liberté. Ou s'est-il enfermé dans un métier sans issue ?
Tout de même, il y a une lueur d'espoir, même plus, un phare au loin. Il va exposer dans une galerie à Toulouse. Normalement. Il a peur d'y croire car il n'y est pas encore. Il doit voir pour croire et se rassurer. Il doit tout le temps se battre contre ses doutes. Il ne sait pas se reposer sur ses lauriers, être fier. Si parfois, mais le sentiment ne dure pas. L'exposition sera en janvier. Proche et lointain. D'ici là il faudra vivre, se préparer et se réjouir. Oui car il faut se faire plaisir et pouvoir s'arrêter un instant. Pour le présent. Pour retrouver ses envies, ses repères.
Et l'amour dans tout cela ?
Il n'est pas très bien avec lui-même. Pas la bonne période. Il ne sent pas disponible. Lorsqu'il ira mieux, cela lui tombera dessus. De nulle part. De toute façon, il ne peut pas se concentrer sur quelque chose d'aussi intangible. L'amour n'en fait qu'à sa tête et il n'a pas la tête à cela.
mardi 16 septembre 2008
Rythme
Il veut retrouver le rythme, remonter la clé qui fait tourner son horloge vitale. Durant plusieurs semaines, il s'est laissé emporter par un décalage horaire. Il a égaré des heures de sommeil, du temps de rêves. Il doit retrouver un semblant de stabilité. Une fois de plus, il est temps de faire de l'ordre. Il tente de gérer la période qui suit l'exposition collective. Une belle expérience. Eprouvante. Tout s'est mis en place au dernier moment. Il s'est remis en questions. Plusieurs fois. Il a eu très peur. Il s'est fait très peur. A un certain point, il a cru qu'il n'y arriverait pas, qu'il n'aurait rien de bien à montrer à l'exposition. Miraculeusement, il l'a fait. Une courte vidéo. Presque deux minutes. Un condensé d'images, de bruits, de parasites. Des voix, des langues étrangères et familières qui se entrecroisent. De quoi rendre fou le spectateur-auditeur, perdu dans l'écran-tunnel, casque sur les oreilles, noyé dans un champ de bataille sonore.
Et lui, il sourit. Il est content, satisfait car il se rappelle qu'il a fait du chemin. Il savoure le vernissage. Il réalise que c'est fait. Il s'amuse de voir les gens tester son installation vidéo. Cela ne les laisse pas indifférents. Ils sont surpris, irrités, fascinés, énervés. Tant mieux. Oui, il est heureux d'avoir effectué cette grande parenthèse d'une année pour mener à bien ce projet.
Demain aura une saveur nouvelle.
lundi 8 septembre 2008
Vernissage
Ces derniers temps, J'ai été : fatigué, énervé, stressé (beaucoup), minutieux (trop ? pas assez ?) J'ai : bricolé (pas très bien), douté, juré, transpiré, porté des trucs lourds, dormi (peu) J'aime : monter une exposition (surtout quand j'y participe), montrer mon travail, participer au vernissage et enfin réaliser que je suis arrivé au bout, me glisser parmi les visiteurs et écouter leurs commentaires sur mon travail, montrer à ma famille et mes amis ce que je fais, boire un verre ou deux et me dire que je l'ai bien mérité. Aujourd'hui, Je suis : satisfait, reposé Je me sens aussi : vide (un peu), perdu J'ai envie de : faire de l'ordre chez moi, trier les photos du mariage que j'ai photographié récemment, calme J'ai : écouté la "planète bleue" à la radio, fait le gardiennage de l'exposition, vérifié ma boîte électronique pour la première fois depuis plus d'une semaine et été effrayé par le nombre de nouveaux messages
mercredi 27 août 2008
En chantier
Il ressent un bouillonnement intérieur, la conséquence du mélange entre création et pression. Le vernissage de l'exposition est dans moins de deux semaines. Son travail est encore en chantier, une sorte d'objet vidéo non-identifié. Il n'est pas certain du résultat. Pourtant, il est habité d'une frénésie tranquille. Il va y arriver. Comme toujours. Tout se termine au dernier moment, à contre-courant de la saison, ses nuits deviendront de plus en plus courtes. Pour l'heure, il récolte et accumule la matière première. Il enregistre les sons et les images. Il n'a pas de plan, tout au plus un vague cap qu'il tente de maintenir. On se réjouit de découvrir son travail. Lui aussi. Il est impatient de se retrouver devant une oeuvre finie. Une oeuvre ? Il va falloir transpirer pour que ce maelström d'idées mérite ce titre et que lui ose se considérer comme un artiste.
Il est fou. Il vient d'achever une formation de photographe et il travaille sur de la vidéo et du son. Bricoleur. Improvisateur. Comme les autres. Un collectif. Un groupe. Chacun est différent, mais tous ont en commun le goût du risque, l'envie de se mettre artistiquement en danger. Créer sans se retourner, tourner le dos au passé et à la sécurité.
Il a tendance à croire que son travail le plus récent est le plus réussi. Cela ne s'est pas toujours vérifié, mais cela l'a chaque fois poussé à fuir en avant, pour se dépasser, se surprendre.
dimanche 24 août 2008
Le plus beau jour de leur vie
Samedi passé, j'ai photographié le mariage d'un couple d'amis. Ce n'était pas mon premier mariage en tant que photographe officiel et ce ne sera pas le dernier. A chaque fois c'est un exercice éprouvant car c'est le plus beau jour de leur vie et je n'ai pas le droit de louper la moindre image. Mission presque accomplie... J'ai loupé la photo de l'arrivée de la mariée. J'étais au milieu de l'allée pour photographier l'arrivée du marié puis je me suis écarté pour qu'il puisse prendre place. J'ai à peine eu le temps de revenir me placer que la mariée était déjà arrivée ! Trop tard pour la photo. Heureusement les mariés ne m'en ont pas trop tenu rigueur et ils m'ont payé ce qui était convenu. Ouf.
En résumé et en chiffres ce mariage c'était :
- 13 heures de présence (j'ose pas dire travail car j'étais aussi invité à manger)
- 3 cartes mémoires bien remplies (soit 10 GO de données ou 730 photos)
- plusieurs kilos de matériel photo
- quelques courbatures aux cuisses et aux épaules
- beaucoup d'heures pour trier les images et faire les retouches
- 1 crise de nerfs causée par un problème informatique
- 1 mariée radieuse
- 1 marié radieux
- 1 photographe qui a l'air comme irradié, à 4 heures du matin lorsque sa journée s'est enfin terminée...
Et je remets ça samedi prochain et car ça me fait aussi plaisir surtout que c'est à nouveau pour des amis. Vive les anciens collègues et Facebook !
jeudi 7 août 2008
Sans titre (2)
Ah oui. Finalement, j'ai nommé ma dernière série "Vestiges". Mais là n'est pas l'important. Ce qui est étonnant c'est que j'ai refait encore quelques pellicules et que la série s'est enrichie de plusieurs images. Cela m'a tellement plu que je l'ai choisie comme travail de diplôme de fin de formation. J'ai aussi montré une installation vidéo. Le jury a assez bien aimé. Sans plus. Ils étaient quatre : une artiste/photographe, une historienne de l'art, un galeriste, et un enseignent de l'école.
Je suis mauvais pour expliquer mon travail. Et je crois que c'est presque incurable. J'aimerais tellement pouvoir laisser mes travaux parler d'eux-mêmes. Pour moi c'est trop frais, trop récent. Je n'ai pas encore le recul pour vraiment les expliquer. En même, je n'avais pas trop le choix. J'ai tendance à penser, parfois à tort, que mon dernier travail est toujours le meilleur.
Alors pourquoi ce titre "Vestiges" ? Je vois ces images comme un voyage dans le temps. La nuit, le noir blanc et le grain du film permettent de brouiller les repères temporels. Cela m'a permis de gratter la couche de présent qui recouvre les images afin d'apercevoir le futur. C'est une manière d'anticiper et d'extrapoler l'apparence potentielle de ces architectures...
Bref, c'était rude ce jury. Plus je parlais et plus j'avais l'impression de m'enfoncer et de m'embrouiller dans mon argumentation. La défense a duré une heure et s'était pile poil ce qu'il me fallait. Une minute de plus et je n'aurais vraiment plus rien eu à dire.
En tout cas, c'est fini, passé et surtout réussi.
(Prochainement : quelques vues de l'expo)
Semaine "désespérante"
Lorsque les deux épisodes de "Desperate Housewives" constituent le somment de la semaine, c'est que cette semaine est à oublier.
P.S. : Ceci dit j'adore cette série ! Elle me fait rire comme aucune autre. Et ça fait un bien fou !
dimanche 27 juillet 2008
Thé menthe
Il est assis sur le balcon. Il goûte au demi silence et à la fraîche soirée. La ville murmure autour de lui. Quelques rectangles de lumières se découpent dans l'obscurité naissante. Il se lève pour se faire un thé, la boisson des gens qui ont le temps. Ou qui ont envie de prendre le temps. La bouilloire s'impatiente déjà. A peine remplie d'eau, elle commence à frémir puis à bouillir. Il dépose dans la théière de verre une petite poignée de feuilles de menthe puis les fait danser en versant l'eau. Les feuilles se déploient dans le liquide et exécutent quelques pirouettes. La scène manque un peu de douceur. Aussi, il lâche une poignée de sucre et entraîne le tout dans un tourbillon miniature. C'est la boule à neige qu'il n'a jamais reçue. De toute façon, cela ne sert à rien et c'est tellement moins beau qu'en vrai. Il aimerait presque être en hiver, plonger dans la neige et faire l'ange. Ah, le thé est infusé. Il choisit une grande tasse dans le placard car il a envie d'être généreux avec lui-même, de se faire du bien. Il remplit bien la tasse. Il se rassied dans la fraîcheur de la nuit. "Faire l'ange..." Il devrait un peu veiller sur lui-même, s'écouter, se croire. Il sirote le thé brûlant. Il aime sentir en même temps la fraîcheur de la menthe. Finalement tout ne va pas si mal. Il sert la tasse chaude entre ses mains. Cela le réconforte. Tout va se mettre en place. Tôt ou tard.



